Je m'appelle bébé

Posté le par Louis dans Récit et littérature

Je m’appelle Bébé

             OH ! fœtal amour…

  J’avais douze semaines : il était plus que temps, disait Maman, de me cureter.

   Moi, j’étais déjà comme un vrai Bébé, en petit, c’est tout.

   A l’Hôpital, on changea mon nom :

     De futur Bébé, je devins : matériel de grossesse et chose à vider.

  Mon Pépé aussi devait partir, selon Maman :

  Exit Bébé, exit Pépé :

    Bienvenue à la bagnole neuve, à la maison de ses Rêves, à Maman :

     Elle disait, froidement :

 Le Pépé va tout bouffer dans le Home des vieux et le Bébé va me prendre la tête, pis :

Ça cube un max, les trucs pour les mioches !

   Remarquez, mes Chers, que c’était la seizième fois qu’elle avortait, au CHU vaudois, secteur Maternité et que c’était pris en charge par l’Assurance Obligatoire des Soins, en dépit de tous les contraceptifs existants :

    J’étais donc une maladie ?

   D’ailleurs, on m’a dit que cette Lamal allait encore augmenter de cinq pour cent, ouille, ouille, ouille !

Tout le meurtre de moi se fit comme d’habitude :

     J’ai eu atrocement mal, j’ai été assassiné :

Aspiré, avec membres et tête, cœur et tronc, par petits bouts, par lambeaux !

  On a un peu montré çaà l’émission suisse : Temps Présent : ah ! rien ne vaut le direct, pour l’audience !

       Puisque tout était prémédité dans ce coup, comme pour Pépé, avec le décilitre létal :

Il s’agit bel et bien d’un Assassinat Industriel !

  Il pouvait encore avaler, ce qui était bien pratique pour ses assassines.

      Donc, Pépé et moi, on a été suicidés.

   Je m’appelle Bébé et d’où je suis, la colère de la Vie m’anime.

  J’ai retrouvé mon Pépé, dans les demeures du Ciel.

   Voici nos dialogues :

         Madame la Vie est venue me voir hier.

   Elle m’a dit que les êtres humains tuaient leur seule Planète, leurs fœtus et leurs vieux :

  Qu’y régnaient le Sexe immonde et l’immonde Prostitution des âmes.

   SANS AMOUR, qu’on avait comme qui dirait trucidé…

   Elle me consola et mon Pépé de même :

            Savez-Vous, vieil homme tué, que je vais bientôt détruire cette espèce d’hominidés dégénérés :

  Ils sont allés trop loin :

 Ils ne sont plus mes enfants, mais une engeance de l’enfer de l’égoïsme et de la lubricité…

   Tout était en Paix, là où nous séjournions, Pépé et moi.

  Souvent, au matin, arrivaient dans le Royaume de l’Amour des personnes assassinées par la Biomédecine oncologique,

  Des cobayes détruits, brisés, des fœtus comme moi, mais qui avaient été diagnostiqués comme une charge pour la Société :

          Mais, quand Madame la Vie apprit que, non-contents de nous avoir aspirés avec indifférence, nous les foetus, les grands embryons, on s’était servi de nos cellules pour la cosmétique, les cellules-souches, toutes sortes d’expérimentation capitalistes :

  Elle se fâcha terriblement et envoya sur Terre le plus destructeur des Virus :

       Le nouveau déluge commença et aujourd’hui, il accomplit son œuvre de régénération des cœurs :

            Car, comme au temps où les élus apposaient sur leurs portes le signe de l’Innocence :

        Le Virus définitif ne frappait jamais les cœurs purs, les artisans de Paix, les Doux, les Miséricordieux ni celles et ceux qui étaient assoiffés de Justice.

  Soit un petit troupeau de nouveaux humains…

  Dans cette Guerre, nous formions, nous, les curetés, les enchuvés, les éliminés, les troupes d’élite :

   Apocalypse de la Vie…

  Vol au-dessus d’un nid de concons !

    Nous avions des chefs extraordinaires qui, secrètement au début, puis publiquement, nous montraient où il fallait porter le feu purificateur…

    Nous Sommes Vivants, Messieurs les Toubibs avorteurs, Mesdames les Doctoresses des noirs breuvages :

    Car nous avons vaincu et tué Mammon :

 Le Dieu Argent, qui était l’unique Idole, in fine, de tous nos Assassins…

  Mais nous ne punissions jamais les Femmes dans la Détresse, qui avaient avorté dans la solitude et le chagrin :

Sous la pression de quelque criminel abandonneur !

       elles devinrent nos Mamans du Ciel, les pauvresses…

   Je m’appelle Bébé et, au Royaume, on m’a baptisé :

AURORE

Louis Polèse
tous droits réservés

Cette publication a été lue: 6325 fois