Barbara

Posté le par Louis dans Récit et littérature

BARBARA

Deux frères.
Une exploitation agricole.
Une femme :
BARBARA.

Olivier avait rencontré Barbara, qui n'était pas du tout issue du milieu rural, dans un bal, un soir, simplement.
Comme dit la chanson :
Ce fut le hasard d'une danse qui les fit devenir des amants.

Barbara était de haute lignée :
Un physique de mannequin, un esprit de femme du monde…

Olivier était un brave garçon, travailleur et sincère
Et robuste avec ça…

Il épousa Barbara très vite et quatre fois son petit ventre blanc s'arrondit gentiment :
Quatre filles plus mignonnes l'une que l'autre, plus hardie les unes que les autres :
Et surtout espiègles !

Raymond, le frère aîné d'Olivier vivait sur l'exploitation et se donnait corps et âme aux travaux et au commerce que tout cela impliquait :

De la céréale et de la laitière essentiellement :
Un beau troupeau de vaches de race noble.

Aussi, un peu de Charolaises, pour la viande.

L'exploitation tournait du feu de DIEU.

Raymond, un peu rustre et fruste en apparence avait une passion à laquelle on ne s'attend pas chez un campagnard quelque peu renfrogné :
Les poupées !

Oui, les poupées, qu'il aimait à confectionner, à vêtir et à contempler dans des vitrines toutes en feutrine et en dorures.

Des guipures d'or :
Les dentelles de ces demoiselles en miniature.

On ne lui connaissait aucune aventure féminine, au point que, cela plus ceci :
D'aucuns le considéraient un peu d'un certain bord, peu apprécié dans les rudes campagnes brumeuses…


Olivier et Raymond s'entendaient comme larrons en foire et Barbara les amusait de ses traits d'esprit et les ravissait :
Car elle l'était, ravissante.

Certains soirs, Raymond semblait ailleurs, comme rêveur et un peu peiné, un peu chagrin.

Olivier lui servait alors quelques saines rasades de leur cru :
Deux bouilleurs de cru, en douce…

Un soir, dans la maisonnette de Raymond, à quelques jets de pierre de la maison familiale, Barbara apportait à la brave brute au cœur tendre un rôti et une pâtisserie qu'elle s'était donné bien du mal à réussir :
La cuisine n'était pas son fort.

Raymond la regardait, songeur et un peu timide :
Il lui dit doucement :
Barbara, ne le prends pas en mal, mais j'aimerais une mèche de tes cheveux, oh :
Rien, quelques cheveux, pour l'une de mes poupées préférées :
Ma Caroline.

Un peu interloquée, mais amusée, elle s'exécuta, tout simplement, la Barbara…

Mais il y avait beaucoup de choses qu'elle n'avait pas comprises dans le cœur rugueux de Raymond :

En particulier que, dès le premier regard, dès les premiers mots échangés :

Il l'avait aimée,
d'un amour immense,
D'un fol amour :
Surtout, vu le contexte, d'un amour impossible :

Les pires qui soient, les plus fulgurants, les plus dangereux.

Raymond n'en avait, bien sûr, jamais parlé.
C'était comme on dirait un taiseux.

Cependant, ces boucles de cheveux châtain clair, IL les AIMAIT :
Fétichisme des simples et des doux.

Il serait mort pour elles, pour ces mèches d'amour !

Raymond s'assombrit peu à peu.

Les repas pris en famille, avec les fillettes si extraordinaires, tournèrent à l'orage !

C'étaient chicanes sur chicanes, pinaillerie sur pinailleries !

C'est que le cœur de Raymond saignait à présent.
Il en était innocent :

C'était triste et funèbre, et si injuste.

Barbara, avec son intuition de femme, comprit mais se tut.

Un soir, elle alla trouver Raymond, pour bien mettre les choses au point, désamorcer la douleur, lui dire combien il était précieux pour elle et toute la place légitime et pure qu'il tenait dans son cœur aimant de femme.

Raymond écouta, souriant.
Il l'embrassa tendrement sur les joues et ne démentit rien, ne s'insurgea pas, ne dit rien de mal ou de trop fort.

Les choses s'arrangèrent peu à peu :
On mit tout cela sur la maladie, car Raymond s'en allait du foie.
Il buvait trop, trop.

Une nuit de douleur d'amour, étreignant sa poupée Caroline où flambait de tendresse la mèche sacrée de Barbara :
Raymond eut des convulsions très fortes !

Mais il n'appela personne au secours.

Cependant, Barbara fut toute secouée dans son bon sommeil, toute blottie contre son cher mari Olivier.

Subrepticement, elle se munit d'une lampe torche et sortit.
Il faisait froid.
Le sentier caillouteux était gelé et mal praticable.

Dans son cœur aussi, il faisait froid.

Elle sentait que Raymond était en malheur, en agonie d'aimer.

Elle entra dans la maisonnette, doucement.

Raymond, entre temps, s'était apaisé :
Car il s'était résigné.

Elle comprit ce que c'était :
L'amour !

Elle l'appela tout bas :
Il soupira :
--je t'aime--.

Elle se glissa auprès de lui, se serra contre lui :
Le prit fort contre elle et lui caressa les cheveux, et lui rafraîchit le front.

Ainsi, c'est la vérité, il s'éteignit, comme une bougie de ferme,
Une chandelle paysanne :
Brave jusqu'au bout, silencieuse jusqu'au bout.
Ne voulant rien faire ni dire de mal…

Barbara ne raconta à personne, ni l'amour, ni l'agonie d'amour.

Ce secret, c'était la récompense suprême de Raymond.

Ils eurent leur complicité, leur mystère, leur connivence,

Leur étreinte,

Leur embrassement,

Leur embrasement, sans rien de sexuel.

Raymond et Barbara, malgré la vie, cela avait bien existé !

Tout amour est sacré.
Tout amour est divin.
Le leur en valait bien un autre :
Même si seul un cœur avait aimé et que l'autre avait compati !

Louis Polèse
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