L'Orphelinat du pédophile

Posté le par Louis dans Récit et littérature

L'Orphelinat du Pédophile !

C'était une nuit, fin septembre 2015,
Où Madame la Lune s'empourpra.
On disait que c'était une Lune de Sang.
Le Sang…

Virginie avait fêté, ce jour-là, ses quarante ans.
C'était une magnifique créature, toute en rousseur, l'œil émeraude et la peau de lait, grande et fièrement campée sur ses longues jambes, à faire tourner les têtes
Et danser les âmes !.
A son anniversaire, elle avait invité des anciennes de l'Orphelinat, l'orphelinat des Grives, sur les rives d'un petit lac artificiel, dans un Canton dont nous tairons le nom.
La fête fut belle et les copines tout autant :
Virginie m'avait exceptionnellement autorisé à être le seul gaillard dans cette ronde de jupes bleues, cachant des trésors de plaisir inavoué…
Mais, au fil de la soirée festive, Virginie se rembrunit, crispée et douloureuse.
C'est qu'un souvenir refoulé était revenu, comme l'aigle noir, comme une ritournelle d'antan, du fond de la souffrance, de sa souffrance à Elle.
Des images, des bruits, des cris revinrent, d'il y avait trente ans :
Fantôme maudit du passé bien noir.
Dans l'orphelinat des perversions…

Elle était dans sa chambrette, seule car sa voisine de lit était aux soins.
Virginie parlait avec son écureuil, qu'Elle nommait Coudry, une peluche, toute rousse tout comme Elle ;
Rousse aussi comme le paysage d'automne, que l'on distinguait à travers les carreaux mal lavés.
Elle demandait à son Coudry de l'aider, de parler pour Elle, de la défendre et de la consoler.
Car sévissait dans ses murs lézardés et vieillot un pédophile notoire, protégé par le silence de la hiérarchie, puisqu'il était Prêtre :
Le Père Gontran.
Une certaine église sexophobe ne favorisait-elle point les déviances ?
Souventes fois, il se glissa dans la chambrette, vicieux, libidineux :
chapelet en bandoulière, pectoral, aube et tout le tralala…

ça va, ma petite chatte – qu'il susurrait, le Gontran.

oui, mon Père, qu'elle balbutiait, la Virginie, dix ans.

Les yeux torves de l'homme trahissait la prédation, la perversité aussi, le désir du viol et la satisfaction de l'impunité…
C'était pour ça, c'était à cause de la Lune de Sang, que la mémoire lui ramenait, comme fait l'Océan, des peurs enfouies et des bonheurs enfuis.
Les copines étaient parties, l'anniversaire était réussi et joyeux ;
Virginie alla se coucher, seule, comme toujours car, malgré ses atours et ses atouts féminins, à en rougir : malgré son besoin d'être prise dans les bras :


ne pouvait pas faire confiance à un Homme !

Retour aux dix ans de mon petit amour :
L'orphelinat flanquait une forêt, giboyeuse et sentant l'humus fort.
C'est là que Gontran avait construit un appentis pour ses outils de jardinage et c'est là qu'il avait installé sa chambre aux viols.
Un soir, qu'elle parlait avec sa peluche, Coudry, elle aperçut par les croisées un vrai écureuil, tout aussi roux, tout aussi beau, avec sa queue magique :
Mais, lui, il était tout vivant.
Il avait des copains renards, encore de la rousseur !
Elle prit l'habitude de tenter de l'apprivoiser, pouvant même le caresser, car il l'aimait : ça c'était sûr !
sa Virginie, aux cheveux de feu, comme sa fourrure un peu humide à cette saison brumeuse et tendre…

Elle s'ouvrit à lui des agissements criminels du Père Gontran, pédophile protégé par le Supérieur de la maison, qui emmenait des fillettes, elle ne savait pas trop pourquoi, dans le réduit de la forêt, mais elle comprenait qu'il leur faisait du mal.
Un soir : il l'aurait dans le célibat ba…
Un jour, de ces jours funestes, le salop décida de dépuceler Virginie…
Défloration/dévoration/abjection…
Mais une chose, une chose inouïe advint, le Salut de Virginie, vigne de beauté, d'enfance, si merveilleuse :
Vendange d'aimer, vin des délices !

la condamnation de Gontran, mais Comment cela se fit-il ?

La peluche Coudry était à l'origine de la machination libératrice :
Par des canaux secrets que les objets inanimés, qui ont sans doute une âme :
Ont en eux-mêmes peut-être :

Appela son équivalent vivant, le grand Roux:
puisque on les touche avec affection :
L G R
qu'il l'appelait, l'écureuil bien vivant et bien animé par l'âme du monde…

Le Grand Roux sauta de branche en branche, jusqu'à la lisière, l'orée, du bois des miracles :
Les cerfs bramaient, c'était le temps des amours de ces bêtes, les chevreuils, les bouvreuils, toute la foule de la Vie adorable des bois profonds.

Gontran entraîna la biche Virginie dans l'appentis et tenta de s'emparer d'elle :
Chasseur d'hymens, chasseur de fragilités :
Il voulait la posséder, malgré leur cinquante ans d'écart, malgré son sacerdoce, malgré les cris de la petite et ses terreurs.
Il la déshabilla savamment et se vautra sur son petit corps d'innocence…

Mais, mais :
à cet instant, on cogna à la porte, puissamment.
Gontran étouffa les criées de Virginie, mais les toc-toc se firent impérieux !

Il se rajusta et rhabilla la pauvresse en lui intimant de fermer sa gueule, que sinon, elle serait punie à la cave, chaque soir et qu'il l'y retrouverait et pas pour du bon…
La petitoune se tut.
Le Prêtre immonde ouvrit et…

il se fit éventrer par les grands bois des cervidés :
empaler, à sa manière à lui, le fumier…
Il était à terre, gisant et la pauvrette hurlait de frayeur ;
Mais le Grand Roux la prit à part et l'éloigna de la scène morbide :
L G R : Nous sommes les Gardiens de Ta Virginité, Virginie…
Nous avons fait justice, protégeant aussi toutes tes camarades abusées par ce monstre pervers.

Le Père Gontran ne mourut point, mais fut réduit à sa plus simple expression :
Grabataire et cacochyme, valétudinaire, malingre, bouffi, crevotant…
Ainsi va la Justice de la Nature…

La Lune empourprée reprit son aspect normal, c'était les quarante ans de Virginie.
Elle me permit de rester auprès d'Elle, contre Elle, blottis tous les deux dans la Joie d'aimer…
Elle se donna, pour la toute première fois, c'était inexprimable…

Virginie, ma Vierge d'amour, mes pensée s'envolent vers Toi, t'enveloppent, je suis ton Coudry coquinou pour sa coquine…
… Au fait, pourquoi Coudry ?
A cause des noisettes : bien sûr : le coudrier et la plantation de noisetiers :
La Coudraie…

Signé :

Ton Amour de Feu
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Louis Polèse
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