TOTAL SEXE

Posté le par Louis dans Récit et littérature


La lune était marine, la vague huilée et entiédie par le soleil d'hier et le bateau que je barrais, au gouvernail de cuivre et d'or,
Voguait vers les cieux d'un paradis floral et enivrant.
Son bois sentait la vie végétale et l'envie animale.
Désir de lèvres dévergondées pour tout !
Senteurs de cuir et de déshabillés transparents qui glissent, comme cette embarcation sur les flots compréhensifs !
Esquive d'esquif !
Nef qui y pénètre !
Tout était miraculeux, par cette nuit de merveilles et de profondeur :
L'odeur marine, ultramarine de l'océan le plus grand, dont l'Atlantique et le Pacifique ne forment que les deux bras géants.
Désir de bras embrasés : pour embrasser follement !
Il faisait doux, si doux : un moment parfait !
Papillon du sexe libre !
Tes ailes frôlent, frôlent, frôlent jusqu'à…
La JOUISSANCE…
Sextant de ma nuit, un équipage de trois femmes-fleurs dans la vapeur des cabines ouvertes, sexe tendu.
Flore m'aidait à barrer…
La voilure claquait paisiblement, nous cinglions vers des cieux cléments…
Sur le pont, deux langoureuses prenaient le frais, dans leur nudité :
Femme nue, femme noire écrivait Senghor, pour toute négritude…
Moi, c'était ma cécitude !
C'est l'or de la lune, reflété sur leurs cuisses moirées qui faisaient palpiter mes sens !
Cuisses lisses, silice !
Près d'elles, elles s'étaient débarrassées languissamment de leurs chiffons de filles :
Dde petits paréos bleus très clair avec des ceintures dorées, juste enroulées et qui ne fermaient rien.
Point de slips, point de petites culottes affriolantes : rien qu'un abri d'amour, une clef de vie sous un petit taillis buissonnant !
Tout était ouvert chez celles-ci, là alanguies…
Elles me tendirent les bras, allongées sur le bois humide et réchauffé : --- viens ! ---
--- je te donnerai tous mes pollens, ma butineuse --- soupirai-je !
Flore, une grande fille solide me relaya à la barre car j'étais ivre de vie et de songes.
Je m'approchais des petites vaïnées de la nuit pour les lutiner gentiment…
Mais ce à quoi je ne m'attendais pas :
Ce fut à leur vice enfantin :
Elles me prirent contre elles, entre elles.
Leurs seins faisaient deux globes lourds aux bouts rosis et turgescents !
La puissance, l'haleine marine, toute salée et écumante me rendait très vulnérable à leurs caresses trop savantes pour être juvéniles…
Leurs lèvres aventureuses jouaient sur mon vit, sur ma vie !
Je voulais m'abreuver de leur lait de futur !
Sans voile, qu'elles étaient et pourtant elles me firent voyager comme jamais, jusqu'aux confins de ma virilité, jusqu'aux frontières de l'abandon qui crie et qui supplie…
Dans le noir…
Je buvais à leur source et cela les faisait crier tendrement !
Une pluie presque chaude et bénie nous caressait à présent :
Les corps de ces amantes sous le rayon lunaire avaient quelque chose d'un érotisme indescriptible, comme ineffable,
Mouillées de pluie et de sueur et des substances de la sexualité :
Phéromones du bonheur de la reproduction !
--- Donne-moi enfin ma victoire de mâle, soumets-toi !
Invite-moi dans tes gorges surdouées ! ---
Archaïques comme le monde, cosmos !
Mais surtout, elles ne connaissaient aucun tabou, aucune complexité ni aucun complexe :
Fruits de nuit, nuit de fruits :
Nudité nocturne, nocturne montée de sève ardente…
Lactation cosmique !
Leurs bouches, plutôt leurs lèvres m'effleuraient comme des appels, tout m'appelait à me rendre maîtres de leurs sensualité sombre, si sombre,
Mais aussi si claire comme des baisers de petite fille, sans arrière-pensées :
C'était pureté,
C'était charnelle pureté dans l'ombre…
De la lave agréable jaillissant d'un certain volcan !
De JOIE !
--- je te donne mes gamètes, petite planète de ma victoire --- ! criai-je !
Le roulis, le tangage de leurs hanches :
Un naufrage de désir, un naufrage noir et blanc de plaisir infini :
Comme l'océan qui nous berçait, tandis que nous voguions vers nos îles d'amour…
J'étais caché dans leurs chevelures d'hémisphère, bâillon bienvenu pour y enfouir ma jubilation définitive !

Ismi et Radji me berçaient comme un enfant après l'amour :
Oui, elles me berçaient en suscitant sur toute ma peau des frissons d'être :
Ontologie, biologie, folie d'elles, de moi en elles…
L'être et la vie, la vie et l'être !
Ismi était plus jeune que Radji, plus lisse, plus noire aussi :
Vraiment, elle était la bouche d'ombre tiède où tout mon désir pouvait s'exprimer :
Elle était toute à moi.
Fluide maîtresse de mes colères masculines :
Soumission volontaire, esclavage infiniment consenti et espéré d'elle !
Radji était plus expérimentée, plus métisse ou mulâtre, en tout cas plus claire de peau :
Ses cuisses me transportaient en me rendant terriblement entreprenant :
J'étais son Seigneur et elle le murmurait tout bas, dans un souffle de vanille.
--- Mes fesses, mes fesses, prends-moi totalement, prends mes fesses --- 
Qu'elle balbutiait !
J'étais leur orchidée, au sens grec d'ORKHIS :
Testicules.
C'est pourquoi, quand les garçons ont les oreillons, on redoute toujours l'orchite, l'inflammation des testicules qui peut rendre stérile.
Voici mes gousses, car la vanille est une orchidée !
Moi je me savais fertile, père et grand-père !
Rien ne semblait devoir nous apaiser, sous cette nuit lunaire, sous cette lune marine et ultramarine, ce qui signifie d'Outre-mer…
D'outre mère !
Des outres de vie fécondes, des explosions de jouissance, des cris vivants…
Des enlacements fous !
Il paraît que l'amour est aveugle, ça tombait super bien pour bibi lolo…
Elles étaient surhumaines, vrai de chez vrai, pire vrai !

Celle qui m'avait remplacé au pilotage riait de moi, gaiement et en gloussant, en pouffant :
Elle me balança, la damnée Flore :
--- Pauvre homme, oh, là, là :
Tu es aussi fou qu'elles deux et que ce ciel, cette nuit torride et que toi-même :
Elles vont t'épuiser :
Tu vas bientôt dormir comme un bébé, entre leurs poitrines et leurs fesses d'encre et de lait ! ---Et elle riait de plus belle :
Marie-George la terrible.
C'était le petit nom, le sobriquet de flamme, qu'elle s'était donné, la grande Flore :
On lui disait :
Marie-George la terrible car elle voulait rester vierge avec des airs de virago viriloïde à crever de rire, tant elle était rude et sympa, une super camarade de chambrée à la petite culotte cadenassée, croyez-moi :
Quelque chose entre l'amazone et la syndicaliste géniale
Avec sa peau de craie et de lait !
Une fliquette, qu'on eût dit : elle me chantonna : bientôt, mon gars, elles vont te transformer en épluchure !
C'est vrai, elle avait raison, je m'endormis tout extasié et vidé, entre mes deux déesses du jour et de la nuit.
Soudain, je pensai :
Peut-être portent-elles mes enfants, après ces combats vibrants et les sachant complètement inconscientes de toute protection contraceptive !
Et tellement ouvertes, passionnelles et donc réceptives :
Des ovulations éternelles, on eût dit ça !
Avec elles, c'était, eût-on pensé, le quatorzième jour toujours :
Non :
La quatorzième nuit !

Et bien, j'en étais fier :
Tout brûlant d'avoir fécondé deux gazelles de paradis, sous un ciel austral,
Le Sud était en moi !
Ah ! lascives et magnifiques félines…
Je lui disais, à Ismi :
Tout le sucre du sud a envahi tes yeux, comme tu es ma Régina de l'espèce, ma femelle homo sapiens Sapiens de l'éternité :
La grotte d'où je viens et où je retourne :
Mon miel partagé dans le réduit de nos secrets attouchements !
Sous la forêt veloutée de tes arbres souples, tu m'as laissé m'introduire, pour notre union barbare :
Cette union qui est hallucinante de simplicité et d'abandon, avec Toi, Ismi de toutes mes couleurs !
Recto-verso !
Haletante !
Tes seins m'ensorcellent quand je les fais jouir par surcroît !
Et Toi, merveilleuse têteuse de mes abîmes et de mes cimes !
--- Tu l'aimes, mon bib, sans bisphénol A, ouais !---
C'était ça que j'lui radotait dans son petit pavillon nacré !

Les coloris du ciel changèrent, du violine, oui, du violine !

De l'indigo, oui, de l'indigo !

De l'azur, oui, de l'azur,

Et le soleil parut, flou mais déjà chaleureux comme un immense baiser fraternel !
Brasier vivant, vivante étoile !

Nous nous revêtîmes promptement et regagnâmes nos cabines pour y prendre le repos des peaux !
C'était l'heure du fruit :
des maracujas, des caramboles, des mangues et des papayes.
On sait que les pépins de papaye fermentés ont mille vertus :
Moi-même j'en ai mangé tant et tant de boîtes :
Elles sont anti-radicaux libres :
Des élixirs de jouvence !

Et moi je repensai à mes deux jouvencelles :
Les diablesses  aux colliers de fleurs multicolores et envoûtants :
Je les sermonnai :

--- Comment avez-vous pu profiter de ma faiblesse d'homme ? ---

Mais elles riaient de moi et de tout !
Elles m'invitèrent à remettre ça la nuit prochaine, si la météo s'y prêtait, car dans les cabines exiguës :
C'était étouffant et trop humides, mais de flotte, pas d'autre liquides du plaisir ou du désir !

Flore, Ismi, Radji et moi prîmes un super petit-déj, à l'abri d'une toile, car le soleil donnait déjà son plein.

Nous évoquâmes notre destination, secrète et sécrétée :
Des idées de sexe m'assaillaient donc derechef et sans coup férir !

Je voulus m'amuser avec Ismi, mais elle me calma :
--- Ce soir, maintenant, j'ai du boulot !---

Alors, je me rabattis sur Radji qui était nonchalante et se foutait des besognes du bord !

Ismi n'était pas fâchée, car en elle, nulle jalousie, rien d'occidental, rien d'emmerdant !
Simplement elle me murmura :
Ménage-toi un peu pour ta chérie qui est moi, mon Bambi, mon frisson adoré !
Chuis pas chieuse, mon Amour !
Alors, j'eus envie de pleurer d'émotion et je délaissai Radji, sagement, pour me préoccuper des travaux du jour, des communications radio et du téléphone satellitaire…

J'étais redevenu le capitaine.

Mais dans mon cœur tam-tam, fleurissait les pensées de la possession et de l'absolue liberté d'aimer !
Totems de je t'aime !
Quand le soir descendit, tout monta en moi :
Ismi et Radji étaient mes deux étoiles dans la nuit australe et la traversée, heureusement, serait encore longue et je l'espérais, sans embûches !
Pour moi, l'une était jour, l'autre nuit…

Quand Ismi entendit le son : bûche, elle me déshabilla !
C'en était fait de moi, pour quelques heureuses heures bleues et de feu dont l'ardeur n'est pas communicable…

Aussi, la journée, Radji me lisait des livres merveilleux, du Nietzsche et aussi :
Les racines de l'aube de Romain Garry.
Non, la Promesse de l'aube :
Mais j'aime tant le mot Racines :
L'ancrage maternel, nourricier, total !

Sa voix était si mélodieuse que chaque mot était goûteux comme un fruit de succulence sans pareille.
Ismi s'occupait de moi comme on veille sur un enfant, lors de mes déplacements sur le pont ou dans la partie habitable.
Dans la journée, Flore, la Marie-George la Terrible se donnait à la navigation, de tout cœur, heureuse d'être avec nous,
Heureuse d'être à mes côtés :
Comme une grande sœur qui s'amuse des frasques de son petit frère un peu turbulent en matière de sexe…
Quelquefois, elle pensait aussi à coucher avec moi.
Cela se fit, cette nuit-là.
Les jeunettes dormaient et Flore s'offrit à moi :
--- je te donne mon cul ---
Je fus si surpris de son abandon, moi qui la croyait rigide…
Ce fut beau et vraiment magnifique…
Nous avions profité d'un mouillage et c'est ce mot très sexuel qui l'avait terriblement excitée…
Ah, Là, là !
--- J'ai mis la vie en elles, elles donneront la vie !***---
Je suis le plus heureux des hommes !

Louis Polèse
tous droits réservés

Cette publication a été lue: 8199 fois