La Prière de Marjorie

Posté le par Louis dans Récit et littérature


Marjorie et moi étions assis sur un vieux tronc moussu, au bord de l'Atlantique, à Cayenne :
Là l'océan est limoneux d'avoir reçu en son sein l'Amazone :
Ce fleuve colossal et mystérieux.
On ne se baigne pas ici en raison de la turbidité qui peut dissimuler un requin ou quelque danger :
Dans les légendes AWAWAK, on y entend les mamans de l'eau chanter fatalement :
Sirènes si belles…
Par contre, si on navigue jusqu'aux anciennes îles du Bagne :
L'eau est celle de la Caraïbe :
C'est pourquoi Dreyfus était enchaîné le dos à la mer :
Pour que la mer ne réjouisse ni son coeur, ni ses yeux de condamné et d'infâme :
Haute trahison !
Mais comme on le sait : il fut réhabilité…

Il faisait lourd : humide en diable, comme l'île là-bas, chaud comme fournaise
Et c'était déjà la nuit ; car à l'équateur, la nuit vient comme couperet et la lune immense et rapide s'élance pour ainsi écrire dans le ciel brutalement obscurci :
C'est pour moi le moment de la tristesse, si ancrée, si apaisée par renoncement et trop de peine accumulée :
Oui, rien ne console jamais de rien et la solitude est blessure d'enfance :
Inguérissable, je le sais, mon amour…

Marjorie :
Je voudrais que tu me parles de la Prière :
Je vois sur ton front combien tu pries fort, dans la joie ou la douleur d'être au monde et de ne pas y être ou de ne vouloir ne plus y être.

Moi :
Oui, ma toute Belle, je veux bien :
La Prière, c'est Toi quand tu souris, quand tu bois ton chocolat et quand tu t'endors remplie de rêves bleus.

Marjorie :
Moi je ne suis qu'une ado, je ne comprends rien à rien :
Dis-moi en vrai pour la Prière.

Moi :
Je t'ai dit la vérité :
La Prière est PAROLE :
Toutes les émotions, toutes tes émotions ma petite chérie sont une prière qui monte comme encens vers quelqu'un :
Quelqu'un, tu comprends :
Comme vers tes parents, tes copines, le Ciel et l'absolu de tous les jours.
C'est tout simple, petite puce :
Crois-moi.

Marjorie :
Cela veut-il dire que je sais prier ?

Moi :
Tous les petits oiseaux savent prier :
Ils s'expriment :
Ils ont faim, peur, soif, sont en joie ou en souffrance :
Ils en parlent à Quelqu'un, tu vois, ma beauté, ma mignonette, comme tu me parles.

Marjorie :
Des fois, j'ai envie de souhaiter du bien à une amie :
Qu'elle ait de la chance ou une chose comme ça.

Moi :
Alors, on dit que tu intercèdes pour elle :
Que tu demandes à une puissance favorable et bonne, toute-puissante et toute-profonde d'aider ton amie de cœur :
Comme si tu connaissais Quelqu'un qui ait beaucoup de pouvoir et qui puisse FAVORISER ton amie.

Marjorie :
Et parfois, j'ai besoin de dire MERCI, comme en ce moment privilégié pour nous deux.

Moi :
C'est l'Action de Grâces, la Louange :
Oh oui, merci mon protecteur, merci mon Papa que j'aime parce que je t'aime tout simplement :
C'est merveilleux ce que Tu fais pour moi.
Voilà ce que chante ton cœur de grande fille à cette Force qui n'a que le Bien en tête et ne cherche jamais, jamais à nous arnaquer !

Marjorie :
Des fois, j'ai si mal en-dedans, comme une détresse :
Des émotions comme si on voulait m'abandonner.

Moi :
Alors, laisse monter ta peine, ne la refoule pas :
Laisse-la monter jusqu'à l'oreille du Bienfaisant, du Bienveillant :
Sache que toujours, quelque part aux intimes des intimes, L'Oreille t'écoute sans te juger mais pour te secourir.
Appelle : au secours et tu seras secourue, petite chérie de mon cœur de Papa…

Marjorie :
Tu parles comme si tu allais pleurer, pourquoi ?

Moi :
Parce que je suis si fragile, l'amour habite ma vie et parfois l'amour fait si mal.

Marjorie :
C'est à propos d'une fille ?

Moi :
Toujours, quand on les a perdus, on recherche ses parents :
Peut-être que j'appelle ma maman à travers d'autres yeux, espérant d'autres bras maternels, tu comprends ?
Prie pour moi, ma choupinette, ma collinette :
J'ai besoin de tes prières.
Mon petit oiseau du salut !

Marjorie :
J'ai du mal à comprendre que tu aies besoin d'une petite fille à peine grandie :
Toi qui es si fort et qui toujours me rassure tendrement :
Je crois plutôt que tu taquines…

Moi :
Au fond, on ne sait jamais qui taquine l'autre !
Mais l'humour :
C'est l'essentiel, petite chipie !

Marjorie :
Non, je sens que tu voulais me communiquer quelque vérité et que tu tournes ça en rigolade…

Moi :
C'est vrai, petit miracle de vie :
En fait, Ce Quelqu'un dont je t'ai entretenue, tu sais :
Cette omnipotence, omniprésence et omniscience :
Hé bien Il ou Elle est Vulnérable, blessé, quelque part malheureux…
Il manque de nous…

Marjorie :
Comment est-ce possible ?

Moi :
C'est parce que cette Personne est AMOUR :
Une fois, Il a dit :
A Ste-Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial en France :
-- voici ce cœur qui a tant aimé les humains et qui en a si peu été aimé en retour ---
Cette histoire est celle du Sacré-Cœur :
Le cœur d'une personne qui s'appelle Jésus et qui a été transpercé, sur sa Croix :
C'était un supplice romain pour les condamnés à mort :
Voici deux mille ans…

Marjorie :
Tu dis qu'il s'appelle Jésus :
Je l'AIME déjà :
Le pauvre…
En plus, il nous aimait fort alors ?

Moi :
Oui, parfois, pendant les guerres, les situations affreuses, certains se sacrifient par amour :
Jésus disait :
il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime

Marjory :
Je voudrais lire le récit de Jésus :
Je crois j'ai vu un livre comme ça dans ta chambre…

Moi :
En effet, c'est l'Evangile :
La Bonne Nouvelle et je vais te le prêter tout à l'heure et nous en lirons un petit bout, mon cher amour de fillette :
Je t'aime tant.

Marjorie me prit par le cou car elle sentait en moi monter une détresse absolue, une totale affliction d'exister…
Ses bisous me firent pleurer, sans honte mais d'une joie humble et si reconnaissante car je ne pouvais pas comprendre qu'elle m'aime un petit peu :
Moi, le paria de l'amour, le mendiant d'un REGARD…

Elle voulut, dans les jours qui suivirent, que je lui enseigne Bouddha, dont elle avait entendu, parler,
Allah et aussi les divinités de la Triade hindoue.

Elle était ravissante, du haut de ses seize ans et elle était intelligente ;
Elevée dans une famille tout à fait en-dehors des choses du Ciel, elle était assoiffée de savoir, d'éprouver et de partager son nouveau savoir intérieur.

Elle avait compris :

Marjorie :
J'ai compris qui tu es et comme tu es :
Je crois que quelqu'une t'a trop fait de mal :
Ou alors, c'est que tu y crois si fort que toujours tu es déçu et douloureux…
Mais moi, je suis là :
Je suis heureuse auprès de toi, je saurai te consoler :
Avec moi, jamais, jamais, mon Louis de Cœur, tu n'auras de larmes sur tes gentilles joues paternelles et quelque part encore adolescentes, comme moi je suis ado, l'ado que t'adores, hein, que c'est vrai ?

Moi :
Oui que c'est vrai, mon ange de consolation :
Tu seras la lumière que j'ai perdue, la beauté de ma vieillesse :
Il n'y a nulle ombre en toi et nous prierons ensemble :
Pour intercéder, pour louer, pour pleurer, pour rire et pour vivre dans le BIEN.
Dans la Lumière du véritable amour :
Celui qui fait passer l'autre avant soi…

Ma tendre chérie !

Ainsi, chères lectrices, chers lecteurs :
Essayer de prier.
La Prière change tout :
Sans elle, nous ne sommes que bois sec, esquifs en perdition, le plus souvent mauvais comme ou bien pire que des fauves. .
Essayer de prier :
En fait, écoutez-vous :
Car la solution, l'avenir et le bonheur sont au cœur de votre cœur :
En cet intime sur lequel DIEU, son nom commun, s'est penché.
C'est la miséricorde :
Le cœur de DIEU au cœur de notre misère.
Prières de vie, vies de prière !
Car ne vous y trompez pas :
Toute vie humaine est misère et tragédie :
Finitude et dégradation…
Levez les yeux vers DIEU :
Car :

le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour --.

Ne faites rien, ne pensez rien, ne vivez rien sans DIEU qui Vous aime :
Ne vous tracassez pas tant à propos du péché :
Il n'y a qu'un seul péché :
NE PAS CROIRE QUE DIEU NOUS AIME…
Car toute vie humaine est une histoire d'Amour…


Marjorie et moi passâmes de merveilleuses vacances ensemble.
Elle ne disait plus :
Tous les deux, ou : nous deux :
Elle avait senti que ces mots me transperçaient, DIEU sait pourquoi…

Je crois que cet été-là, Marjorie m'a sauvé.
Aussi :
Marjorie m'a comme…
Comme…
Converti…

Merci cher amour d'adolescente qui a posé ton regard lumineux sur moi :

Moi, la lumière du jour a fui mes yeux :
Je vois donc le monde avec les tiens et je suis bouleversé…
Bouleversé.

Louis Polèse
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