PRINCESSE AURORE

Posté le par Louis dans Récit et littérature



PRINCESSE AURORE

C'était au temps anciens, aux temps de l'amour et du bien.

Vivaient dans cet abri bleu deux amants du tonnerre, deux amants de la terre d'avant.

Tout pouvait arriver ;
Aucune pierre n'était méprisées, aucune rivière, pas le moindre caillou de lune ou de pénitence.

C'est beau comme les temps sacrés où le sacré n'était pas l'écran matériel du divin, mais où chaque chose était en elle-même divine, dans l'immanence et l'impermanence.

Les deux amants vivaient nus comme une forêt sous la neige, un ruisseau sous les feux du printemps.

Personne n'était coupable ou condamné :
Il n'y existait pas de code pénal, pas d'hystérie médiatique ni de chasse à l'homme pour quelque délit ou crime moral présumés.

Au-dessus de leur abri d'amour respirait comme une faille de blé, une charrette de gerbes d'or traversée de rayons bienfaisants ;
Ça sentait bon la vie, toute simple et toue érotique :
Le désir inspirait les actes des êtres et le plaisir le couronnait.

Partout l'orgasme, partout la jouissance pure comme une eau claire et rafraîchissantes, sans ordures ni poisons, sans venins, sans danger du tout du tout.

Les deux amants tout simplement s'aimaient, à l'image de la nature où tout est juste.

Il fallut cependant, comme toujours, qu'un malade survînt :
Un fêlé, un pervers narcissiques.

Il était vêtu, lui, de honte et de scrupules, de tristesse et de morgue, d'angoisse et de culpabilité : l'image-même du deuil.

Il vint pour emmerder tout le monde et tout faire pourrir à souhait.

D'abord, il fit du mal.

Il jeta à la tête de Princesse Aurore un objet tranchant et contaminé.

Elle s'avachit sous le choc, tituba et s'écroula tout net :
Ensanglantée de honte et de remord…


Salop !
Hurla son amant pur et bon :
Mais il ne voulut pas frapper le criminel, pour ne point lui ressembler.

Princesse Aurore guérit spontanément de l'offense, qui aurait pu devenir blessure et s'infecter.
Mais aucun poison ne pouvait la rendre malade :
La maladie n'existait pas alors.

De longs jours se passèrent, sans heurt ni ennui :
Ils faisaient l'amour comme on donne dans la joie réciproque, sans arrière-pensées.

L'emmerdeur revint pour perpétrer le crime.
Il était moche vraiment, tout à fait débile et maladif.

Il était cacochyme, valétudinaire et mauvais comme le mal.

Le mal et la maladie ne sont qu'une seule et même tragédie.

L'amant, dont le nom est :
CHLODOWIG,
Ce qui signifie :
Glorieux combattant,
En langue germanique :
Avait confectionné un glaive de lumière en kunzite.

L'homme sale arriva :
C'était un religieux, comme toujours :
Un contempteur du sacré, un haïsseur de la nature,
Un grand malade de lui-même…

CHLODOWIG le regarda et l'aima, malgré sa hideur.

Le gnome genre monacal tremblotait, plein de ressentiment et dévoré de jalousie.

Car la jalousie est à la racine du mal :
Tout mal se commet par jalousie et le jaloux périt de sa propre maladie d'envieux :
Elle le rend si vieux qu'il crève avant que de naître vraiment, comme humain…

Le crapaud de l'envie envieuse se planta devant l'amant pour le défier, car ce genre de type ne doute jamais de rien.

L'amant eut pitié, il pleura pour le pauvret.

Oui, l'amant était dans la compassion, malgré ce que le salopard avait tenté de faire à sa Princesse bien-aimée, tant aimée.

Mais le minable, le médiocre, se foutait bien de la compassion et comptait bien l'exploiter pour une faiblesse, une faille dans la cuirasse nue de l'amant…

L'assassin en puissance, en impuissance du moins, brandissait un livre soi-disant de prière et de repentir.

Il tombait une pluie si bienfaisante que l'amant ne pensait qu'à une seule chose :
La nudité délicate et délicieuse de sa maîtresse d'azur et de bonheur :
Il jeta un regard amusé sur le bouquin.

Ce grimoire poussiéreux :
C'était l'arme qu'il avait choisie pour se mesurer à l'amant et le rendre faible,
Ce ridicule révérend cynique.

Le livre disait que le corps n'était rien, qu'il était voué à la corruption et à l'oubli dessous la terre et l'asticot.

Le livre disait que la vie n'était rien :
Qu'il ne fallait ne se concentrer que sur l'après-tombe et l'éternité des angelots !

Le livre parlait du péché à chaque page, à chaque ligne, chaque mot dissimulait ce mot-là, ce jugement de mort :
Le péché, péché, péché, péché…

CHLODOWIG commença à s'énerver et ses yeux purs lançaient des éclairs de fureur :
Fous-moi le camp, petit crabe, cancer de la vie, puanteur de la mort, crachat de poitrinaire,
Métastases mortifères et même contagieuses  !!!

Car la colère de l'amant était d'ordre intérieur, elle n'avait rien à voir avec de la méchanceté…

Le crevard s'éloigna en bavant :
Je reviendrai avec des armées de prêtres et de philosophes de la nuit pour te détruire, Amanni, honteux amant de la lumière,
Amant haï de tous les médiocres plus ou moins ecclésiastiques.
Je hais tes émeraudes, les diamants de ton âme…

L'amant saisit le mini-sexe du pitoyable et le fit tournoyer dans l'air du matin en riant…

Il lui dit qu'il n'avait pas d'âme, (une putain d'invention des Grecs) :
Il lui expliqua qu'il n'était qu'un corps, un corps sans rien de nociceptif joyeux et sain.

Il reposa sans lui faire de mal la créature infernale, le représentant de tous les clergés (les mêmes qui assassineraient le CHRIST).

Il le regarda en pouffant en s'en étouffer puis joua à le faire rouler de-ci de-là comme une balle maudite.
Il était très gros et tout petit, comme le zizi du père Ubu,
Et aussi son cul !…

Pour finir, lassé et ayant d'autres fesses à fouetter avec tendresse,
il le jeta négligemment à l'eau avec sa graisse malsaine et son ricanement pourri…


CHLODOWIG se souvint alors, car il était omniscient,
Que l'histoire humaine avait autrefois déjà été confrontée à cet écueil de la religion,
Ce sentiment noble entre tous de prier et de louer, d'implorer et de croire,
Mais qui était systématiquement détourné et dépravé par des moinillons malpropres et frustrés

Alors il réunit son peuple, dans la forêt de la Jubilation, qu'irriguaient les rivières du
bien-être.

Sa Princesse, AURORE était toute blottie contre lui, dans l'amour qui jamais ne se tarit ni ne se trahit.

L'AMANT prononça ces paroles :



***Mes amis, nous devons faire attention.

Le chacal rôde, celui qui prêche le renoncement à la vie et à la joie :

Le négateur de l'élan vital.

Souvenons-nous des cléricaux du monde ancien, avant que nous ne naissions dans le rire :

Ils avaient péri dans les larmes et par les armes :

Par l'arme radioactive, par le viol de la nature :

Ils s'étaient emparés du feu nucléaire :

Celui qui est caché à l'intime de la matière qui ne fait qu'un avec l'énergie.

Einstein et Freud les avaient conduits au suicide…

Nous, il nous suffit de rire et de jouir, de nous laver dans les fontaines du cralys, dans les

ruisselets du Balzarys.***…



De loin, le gnome hideux entendait la belle et profonde et si chaleureuse voix de l'Amant, lui qui ne savait que glapir et bavoter…

Il en était malade, ce qui ne changeait pas de d'habitude.

Il convulsait, dans la grotte humide et malsaine où il se planquait, craintif, l'œil torve et mauvais :



Ah !
Il aurait voulu tuer, tuer, tuer…

Son petit crâne corrompu depuis les temps immémoriaux éclata sous le flux de ses haines impuissantées et l'infâme liqueur qui l'emplissait (quelques gouttes suffisaient) se répandit dans la grotte :
Le troglodyte écumait, il y avait si si si longtemps longtemps longtemps qu'il avait contracté la rage :

C'est pourquoi c'était un hystérique glapissant, une puanteur maligne :
Rusé à faire le mal et à le préméditer…

Il crevait doucement, empoisonné par son propre fiel, par son cœur sans miel ni bonheur, son cœur tueur.

Mais, d'ailleurs, de cœur, il n'en avait point :
Chez lui, il s'agissait d'un bourgeon noirâtre et noirci, un bourgeon qui ne grandirait jamais.

Ainsi, les moelles de l'horrible connard s'épandaient, avec une odeur de lisier et finirent par bouillir dans l'acide sulfurique qui s'était jeté dans l'atroce caverne, pour nettoyer toute trace de cette crevure…

Cela faisait : pschitt !
Ça sentait horriblement mauvais, mais cela ne dura que quelques secondes, étant donnée la petitesse de la chose racornie.

Dans la forêt royale du glorieux combattant, au beau milieu de la jolie clairière :
Des couples s'enlaçaient comme des lianes d'or !

Un trône en lapis-lazuli et en sodalite avait été dressé pour le COUPLE de royauté éternelle !

Princesse Aurore était si belle, si belle…
Sa tête si radieuse ne portait pas la moindre trace de l'injure du gnome :
Au contraire :
Elle s'était muée en diadème de victoire, cette blessure immonde.

Son sexe était épanoui et amical…

Ah ! rodochrosite, ah !
Rose de la vie !

Ainsi, les temps anciens, l'abri bleu :

C'était en vrai l'avenir,

ainsi va l'éternel retour

Louis Polèse
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